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Eiffel - Interview - 19.12.2009Image (2009)

Crédit Photo :

Jean Jean

Date et lieu :

Cabaret Vauban, Brest – 19 décembre 2009

Interview :

A la fin de la pré tournée qui fait suite à la sortie de A Tout Moment, quatrième album d’Eiffel, Rocklegends a rencontré le groupe au Cabaret Vauban à Brest juste avant leur ultime concert en 2009. Retour sur les derniers mois, sur l'accouchement du disque et sur le démarrage pied au plancher de la tournée... avec Estelle et Romain Humeau. 

Rocklegends : On connaît un peu la fin de l'histoire avec EMI... et un peu de la nouvelle avec PIAS. Pourquoi avoir choisi PIAS ?

Romain : C’est plutôt PIAS qui a choisi Eiffel mais en même temps c’était la meilleure chose qui pouvait nous arriver. C’était le meilleur label qu’on pouvait avoir à l’heure actuelle. On a créé un studio à Bordeaux chez nous avec Estelle pendant cette période où on n'avait plus de maison de disque où ça craignait pour Eiffelen gros et on s’est dit qu’il fallait encore plus se mettre dans la merde à tous les niveaux pour pouvoir éventuellement rebondir. Ca c’était la première année, 2007 à 2008, puis en 2008 et 2009, on a commencé à enregistrer l’album, sans maison de disque puis on a essayé de contacter les maisons de disques. Il y en a qui ne voulaient pas, d’autres qui étaient intéressées et qui nous ont fait poireauter. Et puis finalement c’est PIASqui de suite ont dit qu’ils étaient très intéressés mais ils ont mis le temps, 4-5 mois pour nous signer. En même temps, on savait ce qu’ils faisaient et on savait ce qui se passait pour eux. Il y a 8-9 mois, ils ont grossi parce qu’ils ont récupéré tous ceux que se barraient des majors, OasisArctic Monkeys… On savait que c’était bon pour nous, un label indé, mais un gros label indé. Parce que nous on a pas cette idée de dire « parce que c’est indé c’est bien ». Parce qu’il y a des indés qui font aussi de la merde, et même beaucoup !

Rocklg : Aucun de vos quatre albums ne sonne de la même manière. Tandoori était plus brut et agressif que A Tout Moment qui est plus arrangé et varié dans les instruments utilisés. C’est un choix pour éviter l’ennui ? 

Estelle : C’est de faire ce dont on a envie sur le moment… Ca peut évoluer. Pour Le ¼ d’Heure des Ahuris , on avait envie d’un truc assez brut, assez rock, et là on avait envie d’avoir plus d’espace. On ne se pose pas forcément la question de rester dans une ligne. On fait ce qui nous plait sur le moment. 

Rocklg : Ce n’est pas forcément une évolution logique … ? 

Romain : Non, ce n’est pas une évolution, on ne croit pas en l’évolution… le progrès dans l’art ça n’existe pas.

Estelle : Aussi bien le prochain sera hyper punk…

Romain : Et puis, niveau ouverture, on n’estime pas avoir fait des choses mirobolantes. Ca pourrait s’ouvrir beaucoup plus. Mais ensuite je ne pense plus que ça puisse se faire dans ce cadre-ci. Si demain on fait un disque avec un harmonium, un tambourin et un quatuor à cordes, beaucoup de gens ne seront plus là et même de nos fans qui vont se poser des questions… Alors que le lendemain on pourra faire un album enregistré en une semaine ultra violent. Mais pour le moment, on n’a pas fait ces écarts là. De Abricotine au¼ D’Heure des Ahuris Tandoori ou A Tout Moment, ça bouge un peu mais on n’est pas passé du coq à l’âne. Il y a une ligne, une identité. 
Et l’identité y sera toujours. A la base ce sont des chansons guitare / voix ou piano / voix dans la tête et après le décorum, que ça soit rentre-dedans, plus cool, plus spacieux ou plus fermé, c’est ce qu’on veut exprimer sur le moment. Tandoori on voulait vraiment un truc plus rock plus direct. C’est marrant, certains nous l’ont reproché à la sortie et nous disent maintenant qu’ils préféraient Tandoori parce que c’était plus rock et plus simple. Et en fait nous on aime la musique, on écoute les autres et on ne se pose pas cette question-là. Quand j’écoute les Stooges c’est ultra basique et à côté on va écouter Brigitte Fontaine… ce qu’on aime c’est que les artistes nous fassent entrer dans leur univers. Par exemple, nous en 2009 on trouve ça ultra ringard de se dire rock ou rap ou autre… Sauf si à la limite on était en train d’inventer une nouvelle musique, on pourrait accepter d’avoir une étiquette. Je comprends que Public Ennemy au départ soit rap ou quandElvis Presley est sorti, c’était du rock n’ roll. Après mettre une étiquette….

Estelle : C’est juste pour les magasins, pour mettre dans des bacs.

Romain : Après je comprends que les gens puissent dire pour aller plus vite « tiens c’est du rock ». Oui, c’est ce qu’il faut dire en premier. Mais après nous, on ne voit pas ça comme ça.

Rocklg : D’ailleurs, quand vous dites « on », c’est tous les quatre ? 

Romain : Non c’est tous les trois. Au moment de l’album c’est tous les trois. Nicolas Courret qui est revenu avec qui on a joué 8 ans et qui est parti pendant 5 ans. Il y a eu une vraie émulation pendant l’enregistrement de l’album avec NicolasEstelle et moi et comme il y a depuis juin avec Nico Bonnière. C’est quelque chose qui est assez simple.

Rocklg : D’ailleurs, quand on vous a vu il y a deux ans ici, il y avait un line up à moitié différent…

Estelle :... et il y a quatre ans c’étaient encore différent (rires) !

Rocklg : Du coup, qu’apporte cette nouvelle évolution, ce nouveau line up ? Ca apporte de nouvelles envies, de nouvelles tendances ? 

Romain : Ce n’est pas ce qu’on voulait. Depuis 2002 jusqu’en 2007, il y a des trucs qui ont bougé, qui ont un peu chié… Ce n’est pas ce qu’on voulait mais c’est comme ça et on a continué. 

Estelle : C’est vrai que c’est pas mal parce qu’on retrouve Nico qui était au départ du groupe. 

Rocklg : Vous retrouvez l’âme de départ ? 

Estelle : C’est pas qu’elle était complètement partie mais il y avait des trucs qu’on ne retrouvait pas pareil et qui là semblent assez évidents et qui reviennent.

Romain : Nous, ça a duré pendant cinq ans mais si on regarde tous les groupes, 90% ont la même histoire. Surtout pour ceux qui durent ! Nous on dure, on a eu des hauts et des bas mais on existe depuis 1998.

Estelle : C’est compliqué l’histoire des groupes, ce n’est pas que de la musique. Avec la formule d’avantChristophe et Hugo, c’était super. Ils se connaissaient depuis qu’ils étaient gamins. Mais ils étaient Ch’tis et nous à Bordeaux. Et à un moment donné, on s’est retrouvé sans maison de disque ni rien, plus une tune… donc voilà, comment on fait pour se revoir ? Donc on s’est dit, on ne sait pas trop où on va… et ça s’arrête là parce que c’était compliqué. 

Romain : On est toujours très potes avec eux.

Rocklg : Tout à l’heure vous parliez d’étiquette, de style, de faire selon vos envies. Romain, quand on entend ce que donne ta voix sur Looney Tune For The Moon, n'as tu jamais eu envie de chanter un peu plus en anglais ? 

Romain : Même si on nous colle dans le carcan « rock français » avec tout ce que ça peut avoir de super mais aussi d’ultra péjoratif… Même si je comprends, on fait du rock et on chante en français. Le problème c’est que ce que l’on met dedans, c’est pas un truc très cool. C’est comme s’il y avait une sorte de patriarcat de Noir Désir, alors que ce n’est pas comme ça que ça se passe. Je sais pas ce qu’est le rock français, je m’en branle et en plus on en écoute pas vraiment nous. Notre culture pour le rock, elle est anglo saxone à mort ! Pixies,BowieStoogesKinksBeatlesBeach BoysElvis PresleyEddie CochranNick CaveTom Waits,The RaconteursThe White Stripes, enfin bon… plein de pop, de rock, de garage, du metal… c’est notre culture ! Ca c’est pour le rock. Après, quand on était gamin, je parle pour EstelleNico et moi, on a tous écouté BrelBrassensFerré et ça, ça nous a marqué. Et évidemment, le pont du texte se fait là. En France on n’a pas une culture pop, folk. 
Pour en revenir à l’anglais et au fait d’écrire en anglais, de faire du 100% en anglais, ce n’est pas possible pour moi car je ne pense pas et ne rêve pas en anglais. On ne peut pas aller jusqu’au fond des sentiments et attractions humaines en anglais, puisque c’est ce que je fais en Français. Moi je ne fais pas de la chanson réaliste. Tout est inévitablement abstrait… Je suis abstrait, vous êtes abstraits. Puisque le temps passe et on n’est pas fait pour durer à priori. Tout ça est une sorte de rêve et rien n’existe. Ni les autres, ni les sentiments et en même temps, il faut pouvoir en parler de manière humaine. Alors tout ça en anglais pour le matérialiser, ce n’est pas évident. Par contre j’aurai adoré naitre à Londres en 50 pour écrire des pop songs en 65. 

Rocklg : Dans une interview, tu disais que Bertrand Cantat chante « le coeur sur la main ». On peut estimer que tu fais aussi partie de cette lignée de chanteurs. Vu le court duo anthologique dans "A Tout MoMent La Rue", tu n'as pas eu envie de faire une chanson en entier avec B. Cantat ? 

Romain : C’est plus simple que ça. On est ami, on est pote et du coup on passe du temps ensemble pour la musique et pour d’autres choses que la musique. Et là, ces trente secondes là c’est un poil de cul de nourrisson imberbe par rapport à ce qu’on vit et partage en parlant, en mangeant ensemble et puis aussi en faisant de la musique. On n’a pas fait que ça sur disque et, dans la réalité, les 30 secondes sont déjà largement dépassées. Comme on n’est pas dans le fait de vendre, on préférait Bertrand et nous que ça soit là et fort et que ça passe très vite. 

Estelle : Rien n’est fermé, il n’y a pas de restriction, les choses se feront naturellement au moment où elles doivent se faire.

Romain : Disons que les choses se font, après soit on donne les choses au gens, soit on ne les donne pas…

Rocklg : Tu dis, « on n’est pas là pour vendre »… 

Romain : Si, si, au contraire… Nous on est là pour vendre des disques aussi. Ca vient après tout le reste, l’affect, les sentiments, la création. Mais je n’ai aucun problème avec le fait de vendre. C’est notre métier, c’est avec ça qu’on bouffe et si on bouffe on peut continuer à faire de la musique et à vivre de la passion. On veut juste que ça reste dans un truc très sain. 
Quand je disais tout à l’heure qu’on n’est pas là pour vendre, c’est en fait qu’on ne veut pas avoir de très mauvais arguments pour vendre… Et on peut très vite tomber là dedans ! Notamment quand on nous dit « vous êtes un groupe engagé par exemple ». Moi aujourd’hui je ne suis pas engagé ! Je suis fatigué (rires)…

Estelle : Après, c’est un truc individuel ça. En tant que groupe, il y a des moments ou on s’investira dans un truc ou un autre mais on ne va pas tout faire pour se présenter tout le temps en tant qu’entité engagée. Sinon ça détournerait même la musique qu’on fait.

Romain : Il n’y a pas d’énervement dans la musique d’Eiffel ni de poses revendicatives ou d’engagement, par contre je suis souvent déçu par les choses. On sait voir les choses belles autour de nous. On dit souvent qu’Eiffel est un groupe de gauche mais sans déconner, ça veut dire quoi être de gauche maintenant ? Je comprends l’idéal. L’idéal est fabuleux, mais après la forme… 
Mais le fait d’écrire des chansons, de dire que je vais continuer à vivre avec, dans les deux sens, vivre avec ses chansons dans sa tête et vivre de ses chansons… et tout cela sans mentir. Là, il n’y a que des gens pour t’emmerder là-dessus. Si tu fais ça, t’es en première ligne. Alors les gens te disent « A Tout Moment La Rue c’est démago alors ! »… En même temps je comprends qu’il y ait des médias très soupçonneux. Je connais des groupes en France qui sont là-dedans, qui prennent l’engagement comme une manière de se vendre. 

Rocklg : Quand on parle de « vendre », vous avez rempli La Cigale et le Bataclan... et ce soir à Brest, sold out également. C'est enfin le début de la gloire ? 

Romain : …et quasiment toute cette avant-tournée est à bloc ! C’est absolument génial, je n’ai absolument aucun cynisme par rapport à ça, je trouve ça juste génial. C’est sûr que là, on est passé un peu plus à la radio mais c’est cool de passer plus à la radio. 

Estelle : Quant à jouer ici ce soir, c’est génial. C’est ma salle préférée en France !

Romain : Ici, il y a une culture Rock… peut-être du fait d’être enfermé, de boire des coups.

Rocklg : Et le Vauban donc, ça vous fait quelque chose…

Estelle : Oui, en plus c’est en centre ville. Là c’est un endroit vivant avec des gens qui viennent boire un coup et qui ne vont pas forcément au concert ce soir…

Rocklg : Que peut-on souhaiter à Eiffel à l’avenir ? 

Romain : Nous ce qu’on aimerait arriver à réaliser c’est tout simple, c’est faire une belle tournée en 2010

Estelle :… et faire un bon concert ce soir (rires).

Romain : Et déjà en 2010, il y a déjà deux premières parties des Stooges de prévues, il y aura sûrement une belle date à Paris en septembre ou octobre. Et puis parallèlement, c’est de sortir à la fin de tout un dvd concert parce que on a un pote qui nous suit sur quelques dates. Et dans ce même temps, commencer le cinquième album d’Eiffel. Puisque là, on a galéré ces dernières années et on a des musiques, beaucoup de textes et on aimerait sortir un cinquième album à la fin de cette tournée là. Pas forcément pour tourner tout de suite mais au moins sortir l’album. Essayer au moins d’en enchaîner deux comme on avait fait pour Abricotine et le ¼ d’heure des Ahuris 

Rocklg : Et là, sur la pré-tournée, c’est la dernière date ce soir, ça laisse envisager une superbe année pour l’année prochaine ? L’accueil du public est bon sur ce nouvel album ? 

Estelle : Pour le moment, ça part bien !

Rocklg : Mais c’est un nouveau public ou… ? 

Estelle : On est assez étonné, il y a les gens qui connaissent très bien le dernier album mais d’autres qui connaissent les chansons du premier album.

Romain : La sensation que j’ai, c’est qu’on a un nouveau public, c’est évident, on fait trois fois plus de monde qu’avant ! Mais ce nouveau public est de même nature que l’ancien. C'est-à-dire qu’il est bigarré et n’appartient pas à une classe sociale particulière. Ce n’est pas que le punk à chien, que la petite minette BCBG ou le gars de 70 ans qui aime bien Brel mais pas trop le rock et qui vient pour les textes. Il y a un peu tout ça dans notre public. Et ça j’aime parce que j’avais peur qu’en passant plus souvent à la radio, on récupère le phénomène t-shirt mouillé, nanas aux gros seins…

Estelle : Et puis on a des fans de début qui ont des enfants et qui les amènent au concert…

Quant au concert, c’est par ici que ça se passe ! Et surtout merci à Estelle et Romain pour leur gentillesse, leur sincérité et leur disponibilité pour échanger sur le groupe, l’album, le label… et la vie. 

A très vite sur les routes…

Propos recueillis par Jean Jean et Julien

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